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Témoignage d’Abdelkarim ZITOUNI en mission à Gaza

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AbdelKarim Zitouni, correspondant humanitaire du CBSP région Rhône-Alpes

La délégation française dont je faisais partie était composée de neuf personnes : le président du CBSP, le directeur, le secrétaire général, un correspondant humanitaire, deux responsables associatifs, trois bénévoles et parrains d’orphelins. Nous participions à un convoi humanitaire dans le cadre de l’opération « Miles of smiles » où 17 nations étaient représentées. Au total, nous étions 110 personnes à nous rendre à Gaza.

Nul n’a autant besoin d’un sourire que celui qui ne peut en donner aux autres …

Nous sommes partis le samedi 09 juin 2012 à 15h57 de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle à destination du Caire. Après 4h30 de vol, nous arrivons à 20h27. Notre voyage s’est déroulé sans encombre jusqu’au passage du dernier poste de police où l’un des membres de la mission humanitaire a été retenu deux heures pour une vérification d’identité selon les raisons officielles avancées. Nous sortons enfin de l’aéroport vers 23h00, et nous rejoignons notre hôtel qui se situe à 45 minutes de là.

“Etre témoin d’une telle détresse sans réagir, sans rien faire, en fermant tout simplement les yeux revient à se rendre complice et coupable de cette tragédie”

Après une nuit de sommeil, toutes les délégations reprennent leur chemin vers Gaza. Mais avant cette étape, il va falloir patienter de longues heures au point de passage de Rafah, à la frontière égyptienne. Je me souviens qu’en 2009, au même endroit, alors que nous avions souhaité acheminer des utilitaires médicalisés destinés au transport de personnes à mobilité réduite qui manquent cruellement de moyens adaptés à leur situation, nous avions attendu six longues heures avant de pouvoir traverser la frontière. Et puis, le moment tant attendu arrive enfin … Nous entrons dans la bande de Gaza. Pour certains d’entre nous, il s’agit de la première fois, ce moment revêt donc une symbolique particulière, mais tous nous sommes très émus et heureux d’être là. Nous sommes chaleureusement accueillis par la population qui nous fait part de sa gratitude et de ses remerciements pour notre solidarité envers elle. A la suite de quoi, nous nous rendons à l’hôtel situé au bord de la Mer Méditerranée. De ma fenêtre, je scrute l’horizon infini marqué par la triste présence des frégates militaires israéliennes surveillant inlassablement les côtes de Gaza. Mais bien qu’encerclé de toutes parts, l’espoir voit les peurs, entend les douleurs, et s’envolera au-delà de toutes les frontières qu’on lui impose... Après une journée de transit pleine d’émotions, je tente de dormir avec ce sentiment étrange et sans nom, né en moi à la vue de ceux qui participent impunément au blocus de Gaza, un blocus qui s’enracine et engendre des situations innommables…

Etre proche de ceux qui n’ont plus rien …

Nous passerons trois jours sur place, et nous en profiterons pour voir les projets qui ont pu aboutir, mais également pour nous assurer du bon déroulement des projets en cours. Et surtout, nous consacrerons le plus clair de notre temps aux filleuls, aux orphelins et aux familles les plus pauvres qui n’ont d’autre choix que de vivre dans des taudis et des maisons insalubres. C’est l’occasion pour chacun de voir à quel point son engagement est d’une importance capitale et nécessaire. C’est aussi le moment de recevoir une grande leçon de vie et un enseignement d’humilité profonde parce que bien que ce peuple ait été meurtri et humilié, il reste fier et fort et ne demande jamais rien…

Nous entamons notre parcours par la visite du camp de réfugiés « Ach-Chati » au cœur de Gaza. Entouré des plus petits à la fois

insouciants et conscients du drame dont ils sont les premières victimes, je suis retombé en enfance en jouant avec eux, et je lis la joie dans leurs yeux au moment où nous nous chamaillons et nous jouons gaiement. Nous tenons à graver ces souvenirs dans nos mémoires mais aussi sur les photos. Au moment de les quitter, je voulus leur offrir une pièce afin qu’ils puissent s’acheter des bonbons, et à l’instant où je leur ai tendu la main, ils m’ont étreint avec une telle force qu’ils m’ont bouleversé à jamais…

Nous rendons ensuite visite à une famille très pauvre, composée de 32 membres, qui vit dans des conditions déplorables ... Se trouvent parmi eux 4 enfants lourdement handicapés. Ils sont aveugles, sourds et muets, et un seul d’entre eux ne souffre pas de cécité. Regroupés sous un abri de fortune, ils tentent de résister du mieux qu’ils peuvent face à la faim, au froid, et à la misère indigne dans laquelle ils sont plongés … La plupart d’entre nous n’aurait jamais supporté plus d’un jour une telle situation sans horizon d’avenir, et pourtant les familles comme celles-ci en Palestine sont malheureusement trop nombreuses. Face à tant de souffrance, nous ne pouvons qu’immédiatement réagir. Nous avons décidé de leur offrir la somme de 3600€ collectée à Bourges par un couple de bénévoles. Les réactions de joies sont instantanées, les sincères remerciements se multiplient, et leurs sourires est la plus belle récompense qui soit.

Notre route se poursuit dans la bande de Gaza : visite du puits de Jabaliyah financé par la mosquée d’Hérouville (Val d’Oise) en partenariat avec le CBSP, visite de la station de dessalement de Khan Younes où les 50 000 habitants de la région peuvent enfin bénéficier de l’eau potable, visite de la clinique médicale où nous avons pris l’initiative de financer une mammographie à hauteur de 38 000€. A ce propos, il faut savoir que les risques de cancer du sein ont tristement augmenté après l’opération « Plomb durci » en 2008-2009. Les bombes au phosphore utilisées lors des bombardements ont eu des conséquences catastrophiques sur la population, sans parler des morts, des blessés et des mutilés. D’après le témoignage d’un journaliste français, les ogives des missiles étaient toujours en activité un mois après. Il suffisait de les heurter involontairement en marchant pour qu’elles prennent feu et continuent de faire des victimes parmi les civils.

Quand l’enfance n’est plus sacrée mais sacrifiée …

Même si toute la population de Gaza a été meurtri au plus profond de sa chair, les enfants sont sans doute ceux qui furent le plus traumatisés. Nous avons visité une station de radio dédiée aux enfants afin qu’ils puissent s‘exprimer sur les traumatismes subis par le passé, mais aussi sur les horreurs quotidiennes dont ils sont des victimes sans défense. Cette structure regroupe plusieurs spécialistes, des pédopsychiatres et des éducateurs qui font un travail formidable pour aider les plus jeunes à se reconstruire. Nous nous sommes également rendus dans un centre social qui vient en aide aux orphelins dont les parents ont été lâchement assassinés sous leurs yeux. Ce qui serait ailleurs un fait tragique, isolé et fermement décrié et condamné, est en Palestine une réalité passée sous silence qui se répète inlassablement sans que personne ne s’en inquiète...

Le lendemain alors que nous sommes en visite toujours à Gaza, et que le retour en Egypte est prévu pour le matin suivant, nous recevons un appel des autorités égyptiennes qui nous demandent d’évacuer Gaza immédiatement afin de fermer les frontières et ce durant une semaine pour les élections présidentielle en Egypte. Nous allons attendre les transports six heures durant afin de prendre la route pour le Caire avec des images plein la tête, décidés à être les ambassadeurs d’un peuple martyrisé et oublié dans une prison à ciel ouvert.

Ensemble, préservons la dignité !

Etre témoin d’une telle détresse sans réagir, sans rien faire, en fermant tout simplement les yeux revient à se rendre complice et coupable de cette tragédie. Ce qui se passe en Palestine et à Gaza en particulier est inhumain et unique au monde : un peuple entier chassé, appauvri, affamé, enfermé, humilié et bombardé chaque jour depuis près d’un siècle. C’est pourquoi il faut condamner cette injustice que subit le peuple palestinien et lui venir en aide à travers le CBSP. Les terres spoliées, l’eau potable confisquée et le blocus terrestre et maritime ne peuvent pas et ne doivent pas nous laisser indifférents. Plus nous serons nombreux à agir mieux nous réussirons à les sauver… à les libérer. Aujourd’hui plus qu’hier, le peuple palestinien a besoin de nous car l’étau se resserre. Donnons-lui les moyens de s’en sortir et de continuer à vivre aussi dignement que possible car « la dignité est dans la lutte, elle n’est pas dans l’issue du combat ».

Témoignage d’Abdelkarim ZITOUNI, Juin 2012

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Galerie photo de la visite (cliquez ici pour voir l'album complet)

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